Real Humans : Je est un Hubot ?

Dans la série Real Humans, Lars Lundström, à travers la figure du Hubot,  soulève la question de l’altérité et interroge notre rapport à la technologie offrant ainsi une vision étonnante de l’homme moderne.

Dans un monde très proche du nôtre, les humains se sont équipés de Hubots, des robots humanoïdes s’adaptant à toutes les tâches et chargés de les aider dans leur quotidien. La cohabitation dans une société en pleine mutation ne se fait pas sans heurt et suscite des réactions fort contrastées tandis que certains Hubots semblent capable de ressentir des émotions humaines et rêvent d’indépendance et d’émancipation.

Les hubots, contraction de human robot, imaginés par Lars Lundström renvoient immédiatement à l’imaginaire de la Science Fiction. La figure du hubot fait échos à l’un des rêves les plus anciens de l’humanité à savoir celui de créer un être artificiel. Real Humans réactive ces images mythologiques (notamment à travers le mythe du Golem) et cristallise autour de ses hubots la relation complexe que nous entretenons avec la technologie.

Archétypes du progrès, les hubots participent à la mise en scène de la modernité et incarnent la promesse d’un bonheur technologique. Mais comme dans le mythe du Golem, leur nature est ambiguë. Créé pour accomplir les taches quotidiennes et protéger les hommes, le Hubot comme le Golem, peut également constituer un danger pour l’homme. Tout dépend de l’usage que l’on en fait. La série Real Humans met bien en avant cette ambivalence. Odi, lorsqu’il appartient à Lennart est un sympathique hubot domestique tandis qu’une fois entre les mains du trafiquant de Hubot, il devient un meurtrier et un objet sexuel. Produit d’une réalité humaine, le hubot devient également monstre révélateur de cette réalité.

Mais l’ambivalence du Hubot nait également de la relation maitre/esclave qu’elle entretient avec les humains. Dans la série se rejoue le drame mythologique du créateur et de sa créature avec la menace latente d’une révolte des machines. La crainte que celles-ci prennent la place de l’homme est certainement l’un des fantasmes liés au robot les plus ancrés dans notre culture occidentale. Les anti-hubot n’ont-ils pas peur d’être remplacé par les robots ? Ne sont-ils pas déjà présents dans leur travail, leur maison, auprès de leurs parents et leurs enfants ? On peut voir dans ce rejet des machines un rejet de la technologie.

Pour Michel Faucheux, une partie de la défiance vis-à-vis du robot provient de notre incapacité à reconnaître cette altérité technologique. A la fois identique et différent des hommes, les Hubots nous invitent à réfléchir sur ce qui constitue notre humanité. Où commence l’homme et où finit-il ? La frontière entre les deux est de plus en plus ténue car penser le robot n’est ce pas se penser soi-même ?  Omniprésente dans nos sociétés, la technologie n’est-elle pas déjà devenue un autre nous même ? Real Humans, grâce à sa métaphore du Hubot, rend compte de la dimension technologique de notre humanité.

Partagés entre fascination et répulsion, dépendance et défiance, fantasmes et angoisses, les personnages de Real Humans révèlent les rapports complexes de notre société contemporaine vis à vis de la technologie. Léo, cet être hybride né homme et devenu machine, symbolise d’une certaine façon la relation apaisée de l’homme avec la technologie et incarne un futur possible.  Et si « je » était un hubot ?