Petra Collins : photo, poésie & teen spirit

Voilà déjà un moment que je souhaitais vous parler de Petra Collins, cette photographe de 21 ans et des poussières dont les clichés ne cessent de me hanter. Une grosse claque visuelle avec une réflexion sur le monde, la vie, la féminité d’une grande profondeur. Une oeuvre d’une rare maturité. Chez Valhallads, on est conquis.

Pink & gun

Le nom de Petra Collins ne vous est peut-être pas totalement inconnu. La jeune prodige a créé il y a quelques temps déjà un T-shirt pour la marque American Apparel qui a fait beaucoup parlé de lui et a été sujet à controverse : le T-shirt saignements menstruels (Et oui, le dessin d’un vagin poilu qui saigne avait fait couler beaucoup d’encre en 2013). Dernièrement, l’artiste a fait à nouveau polémique suite à la publication sur son compte Instagram d’une photo d’elle en maillot de bain avec un bikini pas rasé. Cette photo qui n’a pourtant aucun caractère pornographique lui a valu la suppression de son compte Instagram (pour avoir une meilleure vision de sa conception de la beauté,  je vous invite à lire sa réaction  sur le Huffigton Post ).

slip

Le poil, cet agent provocateur! Il serait responsable de la chute de l’empire romain selon une étude très sérieuse réalisée par moi-même

Au-delà de toutes ces polémiques, Petra Collins est une artiste de talent dont les oeuvres fascinent autant qu’elles peuvent interpeller voire déranger. Normal lorsque comme Petra Collins, on réalise des oxymores photographiques. Son art est un subtile mélange entre un univers poétique et violent, adolescent et enfantin, sensuel et innocent. Ses photos sont auréolées d’une douceur teintée de violence, d’une certaine crudité. Jamais vulgaire ni pornographique, les photos de Petra Collins sont des instantanées de l’adolescence, ce pays perdu entre spleen et idéal. A travers ses clichés, Petra nous donne à voir aussi bien la beauté apparente de la jeunesse, son insouciance qu’une réalité plus souterraine, plus dark. Et c’est cette distorsion entre douceur apparence et réalité cue qui fascine et donne à ces clichés cette atmosphère onirique. Quand on regarde les photos de Petra Collins, on ne peut s’empêcher de penser à Virgin Suicide de Coppola, Lolita de Nabokov ou encore Spleen et Idéal de Baudelaire.

On the road

Petra Collins, on aimerait la présenter à Virginie Despentes (on l’a jamais rencontré mais on l’aime d’amour). On aimerait les voir collaborer ensemble sur une version illustrée de King Kong Théorie (on recommande à l’humanité entière de lire ce livre, manifeste féministe mais avant anti-stéréotype). On imagine déjà la beauté crue des textes de Despentes accompagnés des images poétiques et violentes de Collins. On en rêve tellement que ça frise l’obsession. Les filles prises en photo par Petra Collins pourraient bien être les héroïnes des romans de Virginie Despentes, le côté américain en moins (Nancy, HP et punk vs Toronto, bal de promo & party). Il faut dire que les deux femmes partagent une vision de la femme similaire : loin  des stéréotypes,  des injonctions des magazines et des normes sociales. A travers leurs œuvres – littéraires ou photographiques – les deux femmes questionnent la condition féminine et en proposent une  nouvelle vision : plus moderne, décomplexée et libératrice. Jouissif.